Comparatif assurances BTP

Assurance décennale, RC pro, dommages-ouvrage : quelle garantie couvre quoi ?

Chaque assurance du bâtiment répond à une obligation distincte et intervient à un moment précis du chantier. Confondre ces garanties, c'est risquer de se retrouver sans couverture au moment où elle compte.

  • Décennale, RC pro, dommages-ouvrage, biennale : les différences expliquées
  • Tableau comparatif complet avec obligations légales
  • Scénarios concrets par corps de métier
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Déjà assuré(e) RC Décennale ?
rgpd

Ce que vous allez comprendre

Quatre garanties, quatre rôles bien distincts

La confusion entre ces assurances est la principale source de sinistres mal couverts dans le BTP. Voici ce que chacune fait, et surtout ce qu'elle ne fait pas.

Garantie décennale

Couvre les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination, pendant dix ans après réception. Obligatoire pour tous les constructeurs (loi Spinetta, 1978).

RC professionnelle

Intervient pendant le chantier pour les dommages causés à des tiers (clients, voisins, corps de métier tiers). N'est pas légalement obligatoire pour tous les métiers, mais son absence est un risque majeur.

Dommages-ouvrage

Souscrite par le maître d'ouvrage, elle préfinance les réparations relevant de la décennale sans attendre qu'un tribunal désigne le responsable. Obligatoire pour les constructions à usage d'habitation.

Garantie biennale

Couvre pendant deux ans après réception les éléments dissociables de la construction (chauffage, sanitaires, volets). Distincte de la décennale qui protège le gros œuvre et la structure.

Pendant vs après le chantier

RC professionnelle et décennale : deux temporalités, deux objets de protection

L'erreur la plus fréquente est de penser que l'une remplace l'autre. La RC pro intervient pendant l'exécution des travaux : un outil qui glisse, un éclat qui blesse un passant, une maladresse qui endommage le carrelage du voisin. Ces sinistres n'ont aucun lien avec la garantie décennale.

La décennale prend le relai après la réception de l'ouvrage et court pendant dix ans. Elle couvre les désordres qui affectent la solidité du bâtiment ou qui le rendent impropre à sa destination, au sens de l'article 1792 du Code civil. Un entrepreneur couvert par une bonne RC pro mais sans décennale valide laisse donc son client sans recours dès que les clés sont remises.

Référence légale

L'article 1792 du Code civil engage la responsabilité de tout constructeur pour les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou d'équipement, le rendant impropre à sa destination. Cette responsabilité s'applique à l'artisan solo comme à la PME de 50 salariés.

Scénario RC pro

Un plombier renverse accidentellement un outil sur la fenêtre d'un client pendant l'intervention. La RC pro prend en charge le remplacement du vitrage. La décennale n'a aucun rôle ici.

Scénario décennale

Trois ans après la pose d'une chape, des fissures profondes apparaissent sur les murs porteurs. La décennale couvre les réparations. La RC pro est hors scope : le chantier est terminé depuis longtemps.

Artisan BTP sur chantier consultant ses documents d'assurance
Maître d'ouvrage et entrepreneur signant un contrat de construction

L'assurance du pro vs l'assurance du commanditaire

Décennale et dommages-ouvrage : même durée, parties contractantes opposées

Ces deux assurances couvrent techniquement les mêmes dommages sur la même durée de dix ans. Mais elles ne protègent pas les mêmes personnes et ne fonctionnent pas de la même manière. La décennale est souscrite par le constructeur (artisan, entreprise). La dommages-ouvrage est souscrite par le maître d'ouvrage, c'est-à-dire le client qui fait réaliser les travaux.

L'intérêt de la dommages-ouvrage est son mécanisme de préfinancement : elle indemnise le propriétaire rapidement, sans attendre qu'un tribunal désigne le responsable. Ce n'est qu'ensuite que l'assureur se retourne contre la décennale de l'entrepreneur concerné. L'obligation de souscrire une dommages-ouvrage incombe au maître d'ouvrage pour les constructions à usage d'habitation, en vertu de l'article L242-1 du Code des assurances.

Ce que cela signifie pour l'artisan

Ne pas avoir de décennale valide lors de la réception expose l'entreprise à une mise en cause directe en cas de sinistre. La dommages-ouvrage du client ne le protège pas : elle facilite l'indemnisation du maître d'ouvrage, puis cible l'entrepreneur pour récupérer les sommes versées. Une décennale solide est donc la seule vraie protection de l'artisan dans ce mécanisme.

Gros œuvre vs équipements dissociables

Décennale et biennale : une frontière technique qui change tout

La garantie biennale concerne les éléments que l'on peut retirer sans endommager la structure. La décennale couvre tout ce qui touche à la solidité ou à la destination du bâtiment. La distinction est précise et a des conséquences directes selon votre corps de métier.

Garantie biennale (2 ans)

S'applique aux éléments d'équipement dissociables, c'est-à-dire ceux que l'on peut démonter, remplacer ou déplacer sans toucher à la structure porteuse.

  • Chaudières, radiateurs, ballons d'eau chaude
  • Sanitaires, robinetterie, équipements de cuisine encastrés
  • Volets, stores, portes intérieures
  • Faux plafonds, cloisons mobiles

Garantie décennale (10 ans)

S'applique aux éléments indissociables de la structure, dont le remplacement nécessiterait de démolir ou d'endommager l'ouvrage.

  • Fondations, murs porteurs, charpente
  • Toiture, étanchéité des terrasses inaccessibles
  • Planchers, escaliers porteurs
  • Canalisations encastrées rendant le logement inhabitable en cas de fuite

Un équipement peut relever des deux garanties

Un système de chauffage par plancher chauffant relève de la décennale s'il est noyé dans la dalle (indissociable) et de la biennale pour ses composants accessibles. Pour un plombier ou un chauffagiste, la frontière entre biennale et décennale dépend directement de la façon dont l'équipement est mis en œuvre. C'est un point souvent mal couvert dans les contrats standardisés, que l'équipe AGM vérifie systématiquement avant toute souscription.

Vision synthétique

Tableau comparatif complet des quatre garanties

Garantie Durée Obligation légale Souscripteur Ce qui est couvert Bénéficiaire
RC professionnelle Annuelle (renouvelable) Recommandée L'entreprise / l'artisan Dommages causés à des tiers pendant les travaux Tiers lésé (client, voisin, passant)
Décennale 10 ans post-réception Obligatoire L'entreprise / l'artisan Dommages affectant la solidité ou la destination de l'ouvrage Maître d'ouvrage et acquéreurs successifs
Dommages-ouvrage 10 ans post-réception Obligatoire (MO) Maître d'ouvrage Même périmètre que la décennale, préfinancement sans attendre le tribunal Propriétaire et acquéreurs successifs
Garantie biennale 2 ans post-réception Obligatoire L'entreprise / l'artisan Éléments d'équipement dissociables de la structure Maître d'ouvrage

RC pro

50 à 100 €

par mois en moyenne pour un artisan du bâtiment, selon l'activité et le chiffre d'affaires déclaré.

Décennale

70 à 200 €

par mois, une fourchette large qui reflète les écarts de risque entre un peintre et un maçon réalisant des fondations.

Pack combiné

Tarif groupé

Certains assureurs proposent RC pro et décennale dans un contrat unique avec une réduction sur la cotisation totale.

Électricien, maçon, plombier, couvreur

Quelles garanties sont critiques selon votre corps de métier ?

L'obligation légale est la même pour tous les constructeurs, mais les risques techniques et les clauses à surveiller varient fortement d'une activité à l'autre. Un contrat décennale pensé pour un peintre ne protège pas un terrassier.

La décennale de l'électricien doit couvrir les installations rendant l'immeuble impropre à sa destination en cas de défaillance (tableau électrique noyé dans une paroi, câblage encastré). La biennale couvre les équipements accessibles (prises, interrupteurs, luminaires). La RC pro protège contre les courts-circuits accidentels pendant le chantier. Un électricien intervenant également en dépannage sur des bâtiments existants doit vérifier que son contrat couvre les deux typologies d'intervention.

Le plombier est exposé aux deux garanties. Les canalisations encastrées dans une dalle ou dans un mur porteur relèvent de la décennale si leur défaillance rend le logement inhabitable. Les équipements de surface (cumulus, robinetterie, radiateurs) relèvent de la biennale. L'enjeu est de déclarer précisément ces deux types d'activités pour éviter qu'un sinistre sur une canalisation noyée soit refusé au motif d'une déclaration incomplète.

Le maçon est au cœur de la décennale : fondations, murs porteurs, dalles, reprises en sous-œuvre. La moindre fissure structurelle après réception engage sa responsabilité pendant dix ans. La RC pro est indispensable pendant les travaux, notamment pour les risques de voisinage (effondrement de terrassement, dommages aux canalisations mitoyennes). L'assureur doit avoir une vision complète des techniques utilisées : parpaing, béton armé, rénovation de l'existant.

L'étanchéité d'une toiture entre directement dans le champ de la décennale : une infiltration persistante après réception qui détériore les murs ou les planchers rend l'immeuble impropre à sa destination. Les travaux de zinguerie et d'entretien (nettoyage de gouttières, petites réparations) relèvent quant à eux de la RC pro. Un couvreur qui réalise aussi des travaux d'isolation en combles doit déclarer cette activité distinctement pour ne pas créer une zone grise dans son contrat.

Découvrez toutes les activités couvertes sur la page dédiée à l'assurance décennale.

Différents artisans du bâtiment maçon électricien plombier couvreur
Document de contrat d'assurance professionnelle BTP avec signature

Sanctions en cas d'absence de décennale

L'article L243-3 du Code des assurances prévoit jusqu'à 75 000 euros d'amende et six mois d'emprisonnement pour toute personne soumise à l'obligation d'assurance qui ouvre un chantier sans couverture décennale valide. Cette sanction concerne les auto-entrepreneurs comme les sociétés.

RC pro + décennale + biennale

Combiner les garanties : la réalité des pros du BTP

Choisir entre RC pro et décennale n'est pas une question qui se pose réellement : la grande majorité des professionnels du bâtiment doivent souscrire les deux. Ces garanties ne se substituent pas l'une à l'autre. Elles couvrent des phases et des risques distincts, et leur absence simultanée laisse des fenêtres de vulnérabilité à chaque étape du chantier.

La biennale, quant à elle, est automatiquement incluse dans la couverture décennale de nombreux contrats, sans faire l'objet d'un avenant séparé. Il faut toutefois vérifier ce point contrat par contrat, car certains assureurs la traitent comme une option ou l'excluent pour certaines activités d'équipement.

1

Avant le premier coup de pelle

Vérifier que la RC pro est active et couvre les activités réellement exercées sur ce chantier précis. Déclarer tout sous-traitant.

2

Pendant les travaux

La RC pro couvre les dommages aux tiers. Signaler tout sinistre dans les délais contractuels : un retard de déclaration peut entraîner une déchéance de garantie.

3

À la réception de l'ouvrage

Remettre l'attestation décennale au maître d'ouvrage. Elle doit mentionner les activités exercées sur ce chantier, pas une liste générique.

4

Les 10 ans qui suivent

La décennale court même si l'entreprise change de forme juridique ou cesse d'exister. La couverture est liée au contrat souscrit à la date d'ouverture du chantier.

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Questions fréquentes

Ce que les artisans du BTP demandent le plus souvent

Oui, sans exception. Le statut d'auto-entrepreneur n'exonère d'aucune obligation d'assurance professionnelle dans le bâtiment. La décennale est obligatoire dès lors que l'activité relève de la construction ou de la rénovation. La RC pro, bien que non légalement obligatoire pour tous les corps de métier, est indispensable en pratique : de nombreux donneurs d'ordre l'exigent avant d'accorder un chantier, et son absence expose à une responsabilité personnelle directe en cas de dommages pendant les travaux.

Oui, certains assureurs proposent des contrats multirisques professionnels qui regroupent RC pro, décennale et parfois biennale en une seule police. Ces packs peuvent offrir une réduction sur la cotisation totale. En revanche, il faut vérifier attentivement que chaque garantie est bien dimensionnée à votre activité réelle, et non réduite à un niveau minimal pour baisser le tarif. Un contrat groupé à bas prix peut contenir des plafonds insuffisants ou des exclusions spécifiques à votre métier.

La qualification du sinistre détermine quelle garantie s'applique. Si une fuite de canalisation encastrée (décennale) endommage également des équipements de surface comme un radiateur (biennale), les deux garanties peuvent être mobilisées. En pratique, l'assureur instruit le dossier et qualifie la cause principale. C'est pourquoi il est essentiel que les deux garanties soient souscrites auprès de compagnies qui communiquent entre elles, ou dans le cadre d'un contrat unique qui évite les conflits de compétence.

Non. La dommages-ouvrage protège le maître d'ouvrage (le client) en lui permettant d'être indemnisé rapidement sans attendre une décision judiciaire. Une fois le client remboursé, l'assureur de la dommages-ouvrage se retourne contre la décennale de l'artisan responsable pour récupérer les sommes versées. Pour l'artisan, la seule protection réelle est donc sa propre décennale. Sous-estimer ce mécanisme revient à croire que le problème s'arrête à la remise des clés.

Pas systématiquement. En tant qu'entrepreneur principal, votre décennale vous couvre pour votre propre travail. Si un sous-traitant réalise des ouvrages qui entrent dans le champ décennal, il doit lui-même disposer de sa propre décennale et vous en fournir l'attestation avant tout démarrage. À défaut, vous pouvez vous retrouver personnellement responsable des désordres causés par son intervention. Exiger et archiver les attestations de vos sous-traitants n'est pas une formalité administrative : c'est une protection directe pour votre entreprise.

Le tarif seul ne dit rien de la qualité réelle d'un contrat décennale. Trois critères méritent une attention particulière : la liste des activités effectivement déclarées et couvertes (un contrat qui ne mentionne pas votre activité précise peut refuser le sinistre), les plafonds de garantie par sinistre et par année, et les exclusions spécifiques à votre corps de métier. Chez AGM, la comparaison de ces critères fait partie intégrante du travail de courtage, avant même d'évoquer le tarif.

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